Mahmoud Abbas et Benyamin Nétanyahou ont livré jeudi à l’Assemblée générale de l’ONU deux lectures irréconciliables du conflit : le président palestinien, en appelant à sauver la perspective d’un État de Palestine, le premier ministre israélien, en présentant les guerres menées par son pays depuis le 7-Octobre comme un combat pour sa survie.
La scène résumait une bonne partie du fossé. Depuis Ramallah, Mahmoud Abbas s’est adressé à l’Assemblée générale des Nations Unies dans un message vidéo pour la deuxième année consécutive. Quelques heures plus tard, Benyamin Nétanyahou prenait possession de la tribune devant une salle qui se vidait. « S’il reste d’autres personnes moralement lâches qui n’ont pas encore quitté cette salle, faites-le maintenant », a lancé le responsable israélien en guise d’entrée en matière.
Entre les deux dirigeants, il ne reste guère de diagnostic commun, sinon celui d’un conflit qui engage l’avenir même de leurs peuples.
Pour le président de l’Autorité palestinienne, le danger a changé de nature. Il ne s’agit plus seulement, selon lui, de l’érosion de la solution à deux Etats, mais de « la vie et l’existence mêmes du peuple palestinien sur sa terre ». Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est, a-t-il affirmé, ne constituent pas des crises séparées mais les éléments d’un même projet visant à rendre la vie des Palestiniens impossible et à les pousser au départ. « Ne permettez pas qu’une nouvelle Nakba se produise », a-t-il exhorté, en référence à l’exode de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création d’Israël, en 1948.
Le président palestinien, Mahmoud Abbas, prend la parole lors du débat de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU, le 24 septembre 2026.
Abbas veut reprendre la main sur l’après-Gaza
M. Abbas n’a pourtant pas rejeté le cadre diplomatique américain. Il a rappelé avoir accepté le plan en vingt points de Donald Trump pour Gaza, entériné par la résolution 2803 du Conseil de sécurité. Mais, près d’un an après leur adoption, « nous n’avons malheureusement rien vu de tout cela se concrétiser sur le terrain », a-t-il déclaré, demandant que la période de transition prévue jusqu’à la fin de 2027 ne devienne pas « permanente ou indéfinie ».
Son enjeu était aussi de convaincre que l’Autorité palestinienne peut reprendre la main. Gaza et la Cisjordanie, Jérusalem-Est comprise, doivent selon lui être réunifiées sous « un État, un gouvernement, une loi » et une seule autorité habilitée à porter les armes.
M. Abbas a réaffirmé son rejet du terrorisme et des attaques contre les civils, promis un Etat palestinien démilitarisé vivant en paix aux côtés d’Israël et confirmé la tenue d’élections législatives le 28 novembre, les premières depuis 2006. La réalité politique palestinienne rend toutefois leur organisation incertaine, entre divisions du Fatah, opposition du Hamas à Gaza et obstacles considérables à l’organisation du scrutin dans l’enclave.
M. Nétanyahou s’est placé dans une perspective radicalement différente. Là où M. Abbas décrit une occupation et une colonisation qui menacent de rendre impossible un Etat palestinien, le premier ministre israélien affirme que le conflit n’a jamais porté sur les frontières. « Ce conflit ne concerne pas les territoires, il concerne l’existence d’un Etat juif, quelles que soient ses frontières », a-t-il déclaré.
Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, au podium de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 24 septembre 2026.
Le 7-Octobre comme matrice
Toute sa démonstration est repartie du 7 octobre 2023, « le jour le plus sombre de l’histoire d’Israël ». M. Nétanyahou a longuement décrit les massacres commis par le Hamas, avant de replacer les trois années écoulées dans le contexte d’une guerre menée, selon lui, sur sept fronts : contre le Hamas à Gaza, le Hezbollah libanais, les houthistes yéménites, l’Iran, des milices en Iraq et en Syrie et des groupes palestiniens en Cisjordanie.
Le premier ministre a revendiqué les coups portés à chacun d’entre eux et rejeté avec virulence les accusations visant la conduite de l’armée israélienne à Gaza. « Accuser Israël de génocide est le plus grand mensonge du siècle », a-t-il affirmé, soutenant que son armée avait au contraire multiplié les mesures pour protéger les civils. Ces accusations font l’objet de procédures internationales qu’Israël conteste.
M. Nétanyahou a également minimisé les violences commises par les colons israéliens en Cisjordanie, décrivant leurs auteurs comme une poignée de « jeunes délinquants » et insistant à l’inverse sur les attaques palestiniennes contre les Israéliens. La Cisjordanie est pourtant devenue un sujet de préoccupation jusque pour Washington : mercredi, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a averti qu’une nouvelle crise dans le territoire occupé était « la dernière chose dont Israël ou la région ont besoin ».
Le discours israélien a finalement débordé largement Gaza. M. Nétanyahou s’en est pris au Qatar, à la Turquie, aux dirigeants européens et au maire de New York, Zohran Mamdani, qu’il a accusés à divers degrés de propager des mensonges antisémites ou de céder à ceux qui les diffusent. Il a aussi consacré une large partie de son intervention à l’Iran, présentant les frappes israélo-américaines contre ses installations nucléaires comme l’une des décisions les plus faciles de sa carrière politique.
Deux discours, enfin, qui ne se répondent presque jamais. Mahmoud Abbas demande au monde de préserver le territoire sur lequel pourrait encore naître un Etat palestinien. Benyamin Nétanyahou demande au même monde de reconnaître que seule la force militaire d’Israël a empêché sa destruction.
Au siège de l’ONU, jeudi, la solution à deux Etats semblait plus lointaine que jamais.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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