« L’an dernier, j’ai dit que la Syrie était de retour. Aujourd’hui, je dis que la Syrie se relève ». Pour sa deuxième apparition à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, mercredi, Ahmad Al-Charaa a voulu inscrire son pays dans l’après-guerre.
Le symbole reste saisissant. Ancien chef de Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), le mouvement islamiste qui a pris part à l’offensive contre le régime Al-Assad, M. Al-Charaa s’est imposé comme le dirigeant de facto de la Syrie après la prise de Damas, le 8 décembre 2024.
Le départ d’Assad pour la Russie mettait alors fin à 24 années de pouvoir personnel et à plus d’un demi-siècle de règne de sa famille, mais aussi à une guerre civile déclenchée par la répression du soulèvement populaire de 2011.
M. Al-Charaa a officiellement été nommé président pour la période de transition le 29 janvier 2025.
Le récit d’un pays réunifié
C’est le récit d’une normalisation accélérée que le président syrien est venu défendre à New York. La Syrie, a-t-il affirmé, a retrouvé « sa place parmi les nations et les Etats » et démontré « au monde entier que la sécurité de l’Orient se tisse à Damas et ne peut s’établir sans elle ».
Selon lui, le pays est désormais « uni du nord au sud », les armes détenues par des groupes non étatiques ont été placées sous l’autorité du gouvernement et les institutions chargées de la sécurité ont été reconstruites. Il a également mis en avant la levée des sanctions, le lancement de projets d’investissement et de reconstruction, ainsi que les procédures de justice transitionnelle et les recherches sur le sort des milliers de Syriens portés disparus.
« La guerre a déposé son fardeau, le sang a cessé de couler et les destructions ont pris fin », a-t-il lancé. « La Syrie a entamé son chemin vers le rétablissement et la renaissance, accélérant le pas, confiante dans la voie qu’elle suit ».
La formule résume le message que Damas cherche désormais à imposer : celui d’un pays qui ne veut plus être considéré comme un foyer de crise, mais comme un Etat en reconstruction avec lequel le reste du monde doit de nouveau composer.
M. Al-Charaa a notamment affirmé que le retour de la stabilité avait permis à plus de 3,8 millions de déplacés et de réfugiés de rentrer volontairement dans leur pays. La Syrie, a-t-il assuré, est ainsi passée du statut de « crise ballottée entre les nations » à celui d’« occasion de faire le bien autour de laquelle les nations peuvent se rassembler ».
Ce tableau optimiste se heurte toutefois à une réalité plus fragile. Environ 90 % des Syriens vivent encore sous le seuil de pauvreté et la récente hausse des prix du carburant a provoqué les manifestations les plus importantes depuis la chute d’Al-Assad. Si des millions de réfugiés et de déplacés sont rentrés depuis décembre 2024, des millions d’autres n’ont toujours pas regagné leur foyer.
Dans le Sud, des tensions persistent à Soueïda, tandis que le rétablissement de l’autorité de Damas dans le Nord-Est à majorité kurde soulève encore des questions sur la place des institutions locales. « Les Syriens ordinaires jugeront la reprise économique à l’aune de leur vie quotidienne : les emplois, une alimentation et un logement abordables, une électricité et des services de base qui fonctionnent », avertissait la semaine dernière Claudio Cordone, l’envoyé spécial adjoint de l’ONU pour la Syrie.
Le contentieux israélien
Mais le discours du président syrien a également rappelé combien cette normalisation reste suspendue à l’instabilité régionale. M. Al-Charaa a consacré une partie importante de son intervention à Israël, dont il a dénoncé les incursions répétées sur le territoire syrien et les frappes menées depuis la chute de Bachar Al-Assad.
Le Golan reste au cœur du contentieux. Occupé par Israël depuis 1967 er annexé de facto en 1981, le plateau est toujours considéré par l’ONU comme un territoire syrien occupé.
« Le Golan restera une terre syrienne », a martelé M. Al-Charaa, rejetant toute tentative d’imposer « des faits accomplis sur le terrain ». Il a parallèlement réaffirmé l’attachement de Damas à l’accord de désengagement conclu avec Israël en 1974, qui avait instauré une zone de séparation surveillée par la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD).
Le président syrien n’a toutefois pas fermé la porte à une issue diplomatique. Une « occasion historique de parvenir à la paix » existe, a-t-il estimé, pour « ceux qui souhaitent vivre en paix – une paix juste qui préserve les droits de tous ».
De la guerre à la reconstruction
Cette promesse de normalisation constituait le fil conducteur d’un discours destiné autant aux Syriens qu’aux partenaires étrangers dont Damas a besoin pour reconstruire un pays ravagé par la guerre.
Le conflit, a conclu M. Al-Charaa, « nous a appris que la vérité est forte par elle-même, même lorsqu’elle est affaiblie, et que le mensonge est faible, même lorsqu’il triomphe ».
Son ambition est désormais de faire de la Syrie « un acteur international créateur de prospérité » et « un modèle régional porteur de stabilité ». Après 14 années de guerre, cette proclamation ressemble moins à un constat qu’au programme politique que le nouveau pouvoir syrien entend désormais faire reconnaître au reste du monde.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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