« Des coupes importantes dans notre financement ne nous ont laissé d’autre choix que de réduire la taille de notre personnel », a reconnu lundi Tedros Ghebreyesus, à Genève. Derrière le bilan d’activités présenté au conseil exécutif de l’agence onusienne, c’est une transformation plus profonde qui se dessine, celle d’une OMS contrainte de repenser son modèle économique, son indépendance et sa place dans un écosystème mondial de la santé en recomposition.

Sur le papier, l’année 2025 a connu des avancées majeures, de l’adoption, en mai, de l’accord de l’OMS sur les pandémies, l’entrée en vigueur, en septembre, d’amendements au Règlement sanitaire international (RSI) pour la coopération face aux urgences de santé publique, ou encore une nouvelle hausse, au printemps, des contributions obligatoires des États membre de l’agence. 

Mais, dans les couloirs de l’organisation, la réalité a été plus âpre. Les réductions brutales de l’aide bilatérale ont fragilisé des systèmes de santé entiers et provoqué des « perturbations majeures » dans de nombreux pays, a souligné le directeur général, rappelant que l’OMS n’était qu’« une partie d’un tableau bien plus vaste ».

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, prononce son discours d’ouverture lors de la 156e session du conseil exécutif de l’agence, à Genève.

Une indépendance encore inachevée

Au cœur du discours, une conviction : la crise était annoncée. « Lorsque nous avons lancé la transformation de l’OMS il y a plus de huit ans, nous avions identifié notre dépendance excessive à une poignée de donateurs comme un risque majeur », a expliqué M. Ghebreyesus. Depuis, l’organisation s’est engagée dans une trajectoire visant à porter les contributions obligatoires des États à 50 % de son budget de base d’ici à 2031. Une réforme jugée vitale pour préserver ce que le chef de l’OMS appelle son « indépendance ».

« Quand je parle d’indépendance, je ne parle pas d’indépendance vis-à-vis des États membres », a-t-il précisé. « Je parle de non-dépendance à une poignée de donateurs ; de non-dépendance à des financements rigides et imprévisibles ; d’une OMS qui n’est plus un sous-traitant des plus gros bailleurs ; d’une organisation impartiale, fondée sur la science, libre de dire ce que dit l’évidence, sans crainte ni complaisance ».

Grâce aux réformes engagées, l’OMS affirme avoir sécurisé 85 % des ressources nécessaires pour le budget de base 2026-2027. Un chiffre trompeusement rassurant, car la majorité des contributions volontaires restent fléchées, laissant subsister des « poches de pauvreté » dans des domaines pourtant stratégiques, comme la préparation aux urgences sanitaires, la résistance antimicrobienne ou la résilience climatique.

Une aide d’urgence est prête à être acheminée vers la province du Kasaï, en République démocratique du Congo (RDC), en réponse une épidémie d’Ebola.

Faire plus avec moins

Cette tension financière irrigue l’ensemble de l’action de l’organisation. En 2025, malgré les contraintes, l’OMS revendique des résultats concrets, dont l’appui à la vaccination de centaines de millions de personnes, la lutte contre les flambées d’Ebola, de choléra ou de poliomyélite, l soutien aux systèmes de santé en Ukraine, à Gaza ou au Soudan, où près de 3 000 tonnes de fournitures médicales ont été acheminées depuis le début du conflit.

« Mais l’OMS ne peut pas tout faire, et elle ne devrait pas essayer », a martelé M. Ghebreyesus, plaidant pour un recentrage sur le cœur de métier de l’organisation, à savoir l’expertise normative, scientifique et technique. « Notre super-pouvoir, c’est notre capacité de rassemblement », a-t-il insisté, évoquant les plus de 800 centres collaborateurs mobilisables pour faire dialoguer gouvernements, chercheurs, société civile et secteur privé.

Réformer la gouvernance, refondre l’écosystème

Cette mue ne pourra aboutir sans une réforme parallèle de la gouvernance, avertit le directeur général. « Si nous voulons un secrétariat agile, efficace et performant, nous avons besoin d’une gouvernance agile, efficace et performante », a-t-il lancé aux États membres, les appelant à clarifier leurs priorités et à les financer en conséquence.

Au-delà de l’OMS, c’est l’ensemble de l’« écosystème mondial de la santé » qui est appelé à évoluer, pour réduire les doublons et mieux répartir les rôles. L’organisation propose d’ouvrir un processus commun afin de bâtir un système « plus léger, plus collaboratif et plus impactant », au service des priorités nationales

L’histoire de la résolution, pas de l’austérité »

Tedros Ghebreyesus a voulu rendre hommage aux agents de l’organisation, frappés de plein fouet par les restructurations. « Je me souviendrai de 2025, comme nous devrions tous nous en souvenir, pour eux », a-t-il déclaré, saluant leur engagement malgré « l’incertitude de savoir s’ils auraient encore un emploi ».

Et de conclure sur une ligne politique claire : « L’histoire de 2025 n’est pas celle de l’austérité, mais celle de la résolution ». Une résolution qui engage désormais les États membres eux-mêmes. « C’est votre OMS. Sa force est votre unité. Son avenir est votre choix ».

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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