Invités du point de presse quotidien de l’ONU à New York, Ted Chaiban, directeur général adjoint de l’UNICEF, et Carl Skau, son homologue du Programme alimentaire mondial (PAM), revenaient d’une semaine passée  sur le terrain. Leur message est sans ambiguïté : le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre  « fait une différence », mais il ne garantit ni la sécurité ni la dignité.

Une amélioration réelle, mais fragile

« Pour la première fois depuis de nombreux mois, il y a des signes qu’un cessez-le-feu imparfait, fragile, mais vital, change la vie de plus d’un million d’enfants », a déclaré Ted Chaiban. Selon le responsable de l’UNICEF, l’aide humanitaire circule davantage, les marchés se réapprovisionnent partiellement, et « la famine a été inversée ». Des fruits, des légumes, des œufs ont réapparu sur les étals. Les distributions d’eau potable ont atteint plus de 1,6 million de personnes, et 700 000 autres ont reçu des couvertures et des vêtements d’hiver. À l’hôpital Al-Chifa, à Gaza-ville, des services de soins intensifs pédiatriques ont pu être restaurés.

Carl Skau, qui s’était rendu à Gaza pour la dernière fois en juillet, mesure le contraste. À l’époque, « Gaza était au bord de la famine ». Aujourd’hui, son agence, le PAM parvient à distribuer des rations complètes à plus d’un million de personnes chaque mois, à servir 400 000 repas chauds par jour et à fournir des collations scolaires à 230 000 enfants dans 250 espaces temporaires d’apprentissage. « La plupart des gens que j’ai rencontrés mangeaient au moins une fois par jour, parfois deux », a-t-il expliqué.

L’hiver, les tentes et la mort par le froid

Cette amélioration reste pourtant étroite et réversible. « Plus de 100 enfants auraient été tués à Gaza depuis le cessez-le-feu d’octobre », a rappelé Ted Chaiban. Malgré la reprise partielle de l’aide alimentaire, « 100 000 enfants restent en situation de malnutrition aiguë et nécessitent des soins de long terme ». Environ 1,3 million de personnes vivent toujours sans abri adéquat.

Dans les camps improvisés, l’hiver aggrave la situation. « Les conditions sont misérables dans ces tentes », a témoigné le responsable de l’UNICEF. « J’ai rencontré des familles qui brûlaient des morceaux de plastique et de bois pour tenter de réchauffer leurs enfants ». Selon l’organisation, au moins 10 enfants sont morts d’hypothermie depuis le début de la saison froide.

Carl Skau a décrit des conditions similaires. « Un peuple entier vit désormais au bord du gouffre, et ce n’est tout simplement pas acceptable », a-t-il déclaré. Il évoque cette femme rencontrée à Gaza-ville, ayant perdu son mari, une grande partie de sa famille et sa maison, se retrouvant seule avec quatre enfants. « Des centaines de milliers de personnes grelottent dans des tentes en tissu qui ne protègent ni du froid ni de la pluie ».

Les Palestiniens déplacés vivent dans des tentes improvisées le long des plages de Gaza, au milieu des inondations et en dépit des conditions hivernales difficiles.

L’école comme ancrage vital

Dans ce paysage de destruction, l’éducation apparaît comme l’un des rares leviers de stabilisation. Plus de 250 000 enfants ont repris une forme d’apprentissage non formel dans des espaces temporaires soutenus par l’UNICEF. Ted Chaiban raconte sa rencontre avec Aya, une fillette croisée à Deir el-Balah, dans le sud de l’enclave : « Elle m’a dit qu’elle était heureuse d’apprendre à nouveau, d’être avec ses amis, et qu’elle rêvait de devenir infirmière pour aider les personnes malades ou blessées pendant la guerre ».

Mais l’ampleur du décrochage reste massive. Plus de 700 000 enfants en âge scolaire sont exclus de l’enseignement formel depuis octobre 2023. « Revenir en classe n’est pas seulement une question d’apprentissage, c’est un pilier essentiel du soutien psychosocial », a insisté Ted Chaiban, annonçant le lancement imminent d’une campagne de retour à l’école à grande échelle.

La phase deux comme test décisif

Les deux agences appellent désormais à consolider d’urgence ces avancées. « La phase deux du cessez-le-feu n’est pas seulement un jalon politique, c’est une nécessité humanitaire », a affirmé Ted Chaiban, plaidant pour l’ouverture simultanée de tous les points de passage – Rafah, Kerem Shalom, Zikim, Kisoufim, Erez – ainsi que pour la réouverture d’axes internes majeurs afin de fluidifier l’acheminement de l’aide et la circulation des civils.

Carl Skau insiste sur la nécessité de « submerger Gaza d’abris » et de relancer l’économie locale par l’augmentation des flux commerciaux et de l’aide en espèces. « C’est ainsi que l’on rendra leur capacité d’agir aux familles », estime-t-il.

Dans les ruines, certains tentent déjà de reconstruire un horizon. Le responsable du PAM évoque une famille revenue sur sa terre détruite, qui a recommencé à planter arbres et vignes. « Ils savaient que la récolte ne viendrait peut-être jamais, mais ils voulaient montrer à leurs enfants que la vie pouvait continuer ».

Le cessez-le-feu a créé une possibilité. « Les enfants de Gaza n’ont pas besoin de notre sympathie, mais de décisions qui leur donnent chaleur, sécurité, nourriture et éducation », a conclu Ted Chaiban. La suite dépendra désormais de choix politiques autant qu’humanitaires.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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