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Ouestafnews – A moins d’un mois et demi des élections législatives prévues le 31 juillet 2022, le Sénégal vit à nouveau des moments troubles. Pouvoir et opposition se font face avec une férocité sans précédent. Dans les deux camps le discours se radicalise. Plus que par le passé, les citoyens craignent que les tensions politiques ne mettent le feu au pays. Il y a de quoi : 17 morts, au moins, ont déjà été enregistrés entre mars 2021 et juin 2022, suite à des manifestations de l’opposition.

Pour une bonne partie de l’opposition réunie autour d’Ousmane Sonko, il n’y a plus qu’une seule option : engager le bras de fer avec un régime qu’elle décrit comme « dictatorial », et quels qu’en soient les moyens.

Ces opposants, qui se retrouvent dans la coalition Yaw (Yewwi Askan Wi ou « libérer le peuple » en langue wolof), reprochent au pouvoir du président Macky Sall d’être directement à l’origine de l’invalidation par le Conseil constitutionnel d’une partie de ses listes électorales.

Outre M. Sonko, d’autres ténors de l’opposition se retrouvent dans cette coalition, à l’image de Khalifa Sall, l’ancien maire de Dakar. Ce dernier avait été déchu en 2017 de son mandat de maire et condamné à une peine de prison ferme sur fond d’accusations de malversations dans les comptes de la municipalité de Dakar.

Bien qu’étant une figure de proue de cette coalition, M. Sall ne figure pas sur la liste des candidats proposés par sa coalition.

Depuis l’annonce par le Conseil constitutionnel de l’invalidation de sa principale liste de candidats où figurent les ténors de la coalition Yaw, celle-ci a décidé de mettre la pression sur le gouvernement, menaçant même de rendre impossible les élections si cette liste n’est pas acceptée.

Dans le camp du pouvoir, qui a également une de ses listes de candidats invalidée, le discours est tout aussi ferme : le scrutin aura bien lieu et « à date échue », sans la participation des listes « éliminées » par la justice.

L’élection du 31 juillet 2022 se tiendra avec un mode de scrutin un peu complexe qui combine un système majoritaire au niveau local (département) et un système proportionnel au niveau national.

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Après avoir organisé une première manifestation (« autorisée », selon le discours officiel), qui s’est déroulé sans heurt le 8 juin 2022 au centre de Dakar, la coalition Yaw a voulu remettre ça pour le 17 juin 2022 dernier, histoire d’intensifier la pression sur le régime en place.

Cette fois-ci, le gouvernement arguant de risques de troubles à l’ordre public, a interdit la marche et mobilisé les forces de sécurité pour étouffer la manifestation dans l’œuf. Résultat : trois morts et plusieurs personnes arrêtées dont des leaders de la coalition Yaw. Ceux-ci sont toujours détenus en attente de leur procès.

Suite à ces arrestations, la coalition Yaw a de nouveau invité ses militants à descendre dans la rue le 29 juin prochain. Aux vieilles revendications sur les listes électorales s’est greffée désormais la demande de « libération immédiate » des personnes arrêtées dont deux députés (Déthié Fall, Mame Diarra Fam) et un maire (Ahmed Aïdara).

Ousmane Sonko a également invité « tous ceux qui ne sont pas d’accord avec la gestion du président Macky Sall » à un concert de casseroles et de klaxons de 10 minutes, le mercredi 22 juin, soit de 20h00 à 20h 10.

« La révolution est déjà lancée, rien ni personne ne pourra l’arrêter », a insisté M. Sonko, actuel maire de Ziguinchor (sud).

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Dans ce face à face qui couve le feu entre Yaw et le pouvoir, se dessine une troisième voix qui se veut républicaine et qui renvoie dos à dos l’opposition radicale et le pouvoir les accusant de mettre la démocratie en péril.

Portée par un ancien ministre de Macky Sall, cette coalition se fait appeler Alternative pour une Assemblée de Rupture (Aar Sénégal). L’acronyme en wolof veut dire protéger le Sénégal. Selon Thierno Alassane Sall, un des leaders de ce regroupement, Benno Bokk Yaakaar (BBY, camp présidentiel) et Yaw sont « responsables de cette situation » de tension.

« Ils ont mis la pression sur le Conseil constitutionnel pour que le droit ne soit pas dit », accuse l’ancien ministre de l’Energie de juin 2015 à mai 2017, lors d’un entretien avec France 24. Contrairement à Yaw, Aar Sénégal se veut « une opposition pacifique ».

Pour le porte-parole de la présidence sénégalaise, Seydou Guèye, le Conseil constitutionnel a invalidé de « manière souveraine » la liste de Yaw pour non-respect de la parité. « Ce n’est pas le gouvernement qui a décidé de cela », précise M. Guèye dans un entretien avec TV5 Monde, tout en notant que la liste des suppléants de BBY a été également invalidée par la même institution.

« Une liste qui n’est pas paritaire (…) n’est pas recevable », a insisté le président Macky Sall lors d’une interview avec RFI et France 24 le 9 juin 2022.

Le Sénégal est souvent considéré comme l’une des démocraties les plus stable en Afrique de l’Ouest. Mais les veilles d’élections y sont régulièrement émaillées de vives tensions, pouvant aboutir à la violence et parfois entraîner des morts. Or, selon le fondateur du Think Tank AfricaJom Center, Alioune Tine, les élections, devraient être la fête de la « démocratie ». Ce qui est censé être une fête devient un moment de « deuil des libertés, avec des morts, des arrestations et les détentions », déplore-t-il.

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La liberté demeure un « pilier fondamental et même vital de la démocratie », écrit El Hadji Demba Diop, un internaute sénégalais, sur Twitter. La volonté de l’étouffer est alors « synonyme d’asphyxie des acteurs de la politique », ajoute-t-il.

« Le danger actuel de la compétition politique, c’est qu’elle cristallise et instrumentalise toutes nos frustrations et misères », souligne Elimane Haby Kane, président du Think Tank Legs Africa sur son compte Twitter, indiquant que « toute initiative devient » alors « exutoire ».

Selon le président de Legs Africa, le citoyen n’a que le jour du vote « pour exercer son pouvoir direct sur nos institutions ». Alors supplie-t-il : « de grâce, que nul n’entrave ce droit unique ». 

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