Photo Credit: Global Diaspora News (www.GlobalDiasporaNews.com).

Source of original article: Véronique Danzé / Global Voices (fr.globalvoices.org).

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

The Guardian a publié un extrait du livre relatant la survie de six garçons tongiens naufragés sur une île pendant 15 mois en 1965. Ce récit a remporté un grand succès, avec de plus de sept millions de vues en seulement quatre jours. Toutefois certain·e·s Tonga ont souligné que l’histoire, illustrant le point de vue du marin australien ayant secouru les adolescents, et omettait le « point de vue des habitant·e·s du Pacifique ».

Cet article du Guardian, The real Lord of the Flies: what happened when six boys were shipwrecked for 15 months (Sa véritable Majesté des mouches : que s’est-il passé, 15 mois durant, lorsque six adolescents ont fait naufrage), a été publié le 9 mai et a immédiatement connu un grand retentissement, suscitant l’attention des cinéastes et des leaders internationaux. Le livre dont il est extrait s’intitule Humankind: A Hopeful History (L’humanité : une histoire prometteuse, non traduit en français), par l’historien néerlandais Rutger Bregman.

Rutger Bregman y relate la façon dont les adolescents tongiens Sione, Stephen, Kolo, David, Luke et Mano ont survécu pendant 15 mois sur l’île dépeuplée, ‘Ata, en se fiant les uns aux autres après la destruction de leur bateau par une tempête. Ils furent secourus par le marin australien Peter Warner.

Rutger Bregman a comparé l’histoire des six jeunes tongiens au destin tragique des personnages dans le roman populaire Sa Majesté des mouches [fr] écrit en 1954 par l’auteur britannique William Golding. Dans ce roman, les enfants survivent à un accident d’avion et finissent sur une île isolée du Pacifique. Certains d’entre eux deviendront violents, entraînant des conséquences fatales.

Aux yeux de Rutger Bregman, l’histoire des six adolescents de Tonga brosse un portrait plus flatteur du genre humain :

It’s time we told a different kind of story. The real Lord of the Flies is a tale of friendship and loyalty; one that illustrates how much stronger we are if we can lean on each other.

Le temps est venu de raconter une autre histoire. Sa véritable Majesté des mouches est un conte d’amitié et de loyauté, conte illustrant à quel point nous sommes plus forts lorsque nous nous appuyons les un·e·s sur les autres.

Le reportage du quotidien The Guardian a fait la une de la presse locale sur les îles Tonga. Grâce au Matangi Tonga Online, nous connaissons les noms complets des six adolescents : Kolo Fekitoa, Sione Fataua, « David » Tevita Siola’a, « Stephen » Fatai Latu, Mano Totau et Luke Veikoso.

De gauche à droite : Tevita Siola’a, Sione Fataua, Peter Warner (le marin venu à leur rescousse, qui porte également le nom de mon oncle aîné), Luke Veikoso, inconnu, Fatai Latu, inconnu, Kolo Fekitoa, Mano Sione Filipe Totau (mon grand-père).

[image] Photo ancienne, en noir et blanc des 6 enfants tonga naufragés et de leur sauveteur, le marin australien, Peter Warner, ainsi que son équipage. La photo est prise sur un bateau.

Tout le monde n’est pas satisfait de l’histoire publiée par The Guardian. Dans un entretien audio sur ABC Australia, Meleika Gesa-Fatafehi, auteure et conteuse tongienne, a dénoncé le « prisme colonial » de l’histoire. Elle a jugé excessif l’accent porté sur le sauveteur australien sans faire référence à l’histoire du colonialisme de l’île (raison pour laquelle l’île a été dépeuplée) et aux croyances locales susceptibles d’expliquer les comportements des jeunes garçons. Elle a exprimé son mécontentement quant au fait que les droits de l’histoire, relative aux événements survenus aux six adolescents, appartiennent à un étranger, histoire bien connue dans la communauté tongienne.

Meleika Gesa-Fatafehi a ajouté que comprendre l’histoire tongienne et les valeurs promues dans la communauté permettrait aux lecteur·ice·s de constater que le roman occidental Sa Majesté des mouches était en décalage par rapport au récit des six adolescents et comportait des inexactitudes.

Sur un fil Twitter très partagé, Meleika Gesa-Fatafehi a détaillé d’autres inquiétudes :

Beaucoup d’éléments manquaient au récit. On n’a jamais demandé aux garçons ce qu’ils ont ressenti ni pourquoi ils ont fait ces choix. Leur point de vue fait défaut. Il manque la parole des vrais Tongien·ne·s, dont il est question dans l’histoire, à l’exception de Mano.

Je ne sais pas (je plaisante, je le sais), mais votre récit ne correspondait pas à ce que j’ai appris étant enfant. C’est une histoire racontée sous un angle colonial. Elle semble tout simplement déplacée, en particulier la façon dont nous sommes perçu·e·s comme des indigènes magiques sans aucune connexion, ayant la capacité surprenante de vivre de la terre/du pays.

La journaliste samoane Tahlea Aualiitia a également commenté :

En tant que Samoane, j’ai éprouvé quelques difficultés à accepter le récit des six Tongiens échoués sur l’île ‘Ata.
Je viens de parler à @endlessyarning à ce propos et, lorsque vous oubliez le côté romantique de l’histoire, c’est en fait hallucinant qu’un homme blanc détienne les droits universels concernant l’histoire de leur sauvetage.

Sur Twitter, Janet. U a dévoilé que son grand-père figurait parmi les six naufragés et a lancé l’appel ci-dessous au public :

Je vous demande simplement de NE PAS PARLER OU PRENDRE LA PAROLE AU NOM DES 6 GARÇONS sans leur autorisation ou celle de leur famille immédiate. Vous n’étiez pas là ! Alors veuillez arrêter. Essayez de les contacter dans la mesure où la plupart d’entre eux sont encore en vie.

Rutger Bregman a réagi au fil Twitter de Meleika Gesa-Fatafehi en soulignant que l’extrait du quotidien The Guardian ne reprenait pas son interview avec Mano et Sione.

Dans mon livre, [le passage] est deux fois plus long que cette version. J’ai interviewé non seulement Mano mais aussi Sione – le plus âgé des six. Je me suis entretenu avec eux cette semaine et ils sont très satisfaits de tout ce qui se passe.

[image] Photo représentant Mano aujourd’hui, l’un des enfants naufragés. Il porte le regard droit vers l’horizon. En arrière plan, on distingue des arbres, légèrement floutés. La photo est tirée du quotidien The Gardian.

Il a également abordé l’histoire de l’esclavage sur l’île.

Une large partie de mon livre, dans un autre chapitre sur l’île de Pâques, est dédiée à l’horrible commerce des esclaves dans le Pacifique.

Le 13 mai, The Guardian a publié une entrevue avec Mano. L’article mentionnait Mano et Rutger Bregman, précisant que Peter Warner ne tirait aucun bénéfice financier de l’histoire du sauvetage.

Meleika Gesa-Fatafehi a posté une réplique à l’argument de Rutger Bregman indiquant que l’histoire ne concernait pas le racisme ou le colonialisme mais la résilience et l’amitié interraciale :

Je suis en désaccord. Cette histoire se rattache essentiellement à l’esclavage, au racisme et au colonialisme. Vous ne le percevez peut-être pas, mais enfant, on nous raconte des histoires sur l’île ‘Ata et sur ceux qui se sont fait voler. Ces garçons se sont réfugiés sur l’île ‘Ata. Il est essentiel de reconnaître que leur histoire est liée à 100 % à l’esclavage, au racisme et au colonialisme.

[image] Photo de Peter Warner, le marin australien et de Mano, un des survivants. Peter Warner porte un chien dans ses bras, Mano l’entoure de son bras sur l’épaule. Les deux hommes sont heureux et sourient. Photo prise en extérieur à l’abri du soleil.

Elle a rédigé un article plus complet récapitulant les différents aspects abordés sur son fil de discussion Twitter :

The original article could’ve done more for the six men. The story should have been told by a Tongan. The story should have been told by the men themselves and their families. This is their story, will always be their story. The article doesn’t mention how the boys felt or why they made the choices they made. It lacked their perspective. It lacked the very Tongans the story was about, with the exception of Mano. But even then, Mano was sidelined. He deserves to share his story how he would want to.

L’article original aurait pu être davantage à l’écoute des six hommes. L’histoire aurait dû être racontée par un·e Tongien·ne. Elle aurait dû être racontée par les hommes eux-mêmes et leurs familles. Cette histoire est la leur, elle le sera toujours. L’article ne mentionne pas ce que les jeunes garçons ont ressenti ni les raisons de leurs choix. Il manquait leur point de vue. Il ne parle pas des Tongiens dont il est question dans l’article, à l’exception de Mano. Mais, même dans ce cas, Mano a été marginalisé. Il a le droit de partager son histoire comme bon lui semble.

Meleika Gesa-Fatafehi a précisé, lors de son interview sur ABC Australia, que si un film devait être réalisé sur les six adolescents, elle conseillerait d’engager une équipe locale et d’intégrer les perspectives de la population locale pour raconter l’histoire au monde entier.

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