Photo Credit: Global Diaspora News (www.GlobalDiasporaNews.com).

World Forum for
a responsible economy
est un évènement organisé
chaque année à Lille par
Philippe Vasseur, ancien
ministre français
de l’Agriculture.
Les expériences réussies
à travers le monde dans
ce domaine y sont présentées.
Il nous a livré ses impressions
dans l’entretien suivant.

Pour la 13ème édition du World  Forum for a responsible economy, vous avez choisi comme thème «Le pouvoir de  changer le monde». Pourquoi ?
Il est nécessaire aujourd’hui que les Etats jouent leur rôle. Mais on voit que dans le monde d’aujourd’hui, avec le développement des moyens de communication et les nouvelles technologies, les individus, les citoyens  ont un rôle important à jouer. On ne va pas changer le monde uniquement avec des décisions qui viennent d’en haut. On changera le monde s’il y a une adhésion de l’ensemble de la population. Cela signifie  que chacun a  le pouvoir de changer les choses. Il faut que chacun y participe à travers sa façon de consommer, de produire, de se comporter. Je croix que cela va vraiment contribuer à changer le monde.
Est-ce une nouvelle  tendance aujourd’hui de s’intéresser plus aux microprojets pour changer le cours des événements ?
Il ne faut pas opposer l’un à l’autre, les microprojets aux  macroprojets. Les grands projets  font rêver et sont structurants, mais on a la possibilité de développer aussi des microprojets qui vont développer à leur tour le territoire. Cela veut dire que la personne qui a un projet va profiter des personnes autour d’elle. Je crois que c’est comme cela qu’on doit procéder aujourd’hui. Il faut que les projets soient transversaux, si on travaille dans une région, il faut s’intéresser à ce qui se passe à côté afin d’établir des complémentarités et créer des synergies. C’est cela que nous avons essayé de mettre en place  lors de  ce forum à Lille.
Quels sont les enjeux de l’économie responsable?
L’économie responsable, c’est un combat de tous les jours, ce n’est pas un combat qui se fait d’un claquement de doigts. Depuis 13 ans, on a bien progressé, on a mis en place de nombreuses expériences et un certain nombre de réalisations. Je crois que certaines idées ont bien progressé au niveau de l’Europe et au niveau international. Nous avons  fait venir des témoins du monde entier, des gens qui ont fait des réalisations et qui ont fait des expériences et qui nous font part de leur travail. Où  que nous soyons  et quel que soit le type d’économie, il y a des populations qui se posent la question de la responsabilité. Je sais qu’au Maroc la question se pose, j’ai eu l’occasion d’aller à Casablanca, il y a quelques années pour en parler. Ce sont des questions qui sont aussi posées sur l’ensemble du continent africain.
Pensez-vous qu’un pays comme le Maroc a besoin de ce genre d’économie responsable?
Je pense qu’un pays comme le Maroc a évidement besoin comme tous les pays  du monde d’une économie responsable, mais il peut avoir une responsabilité supplémentaire. Je  pense aussi  que le Maroc a une position particulière, c’est une  porte vers le continent africain. Il peut donc  avoir un rôle moteur sur  le continent dans la mise en place et dans la réalisation de certains projets qui montreront qu’une économie responsable peut se développer, une économie qui se préoccupe aussi  des questions de l’environnement et de la population.
Cette année, vous avez choisi d’évoquer  les microprojets et les territoires comme enjeux de l’économie responsable.
La mondialisation aujourd’hui, c’est un monde très ouvert, c’est la capacité pour les hommes,  grâce aux moyens numériques, de communiquer sur l’ensemble des continents. Nous l’avons  bien vu via les expériences présentées. Lorsqu’on veut bâtir des projets nouveaux, cela se fait dans des communautés, entre des gens qui se connaissent et travaillent ensemble. Les nouvelles technologies permettent de travailler ensemble sur le territoire, plus qu’on ne le faisait  avant. Par exemple, on peut citer le télétravail, rendu possible avec les nouvelles technologies. Dans la région du Nord, on a créé des «tiers lieux», des lieux où des gens viennent travailler,  alors qu’ils habitent dans un village ou une petite  ville pour éviter les déplacements et les embouteillages et pour que le territoire trouve sa pertinence. Nous remarquons que la population désire un retour au local. Elle se préoccupe  des produits fabriqués à proximité.
Peut-on dire que la technologie facilite le travail de proximité ?
La technologie rend la proximité possible. La technologie peut être utilisée pour le bien ou le mal. On pense être heureux quand on peut travailler sur son territoire et vivre sur son territoire au lieu de faire des kilomètres et des kilomètres chaque jour.
Quelles sont les responsabilités des grandes entreprises dans l’économie responsable ? Certaines en France ont même transféré leur siège social à l’étranger pour payer moins d’impôt
Là, on est dans une autre logique. Les  grandes entreprises cherchent un cadre fiscal plus avantageux ailleurs. Ce n’est pas responsable et on a des entreprises hors du territoire. Dans ces entreprises aujourd’hui se pose la question du respect des territoires. On a invité à cette rencontre le PDG de Mac Caïn, c’est une grande entreprise qui emploie 20000 salariés dans le monde entier. Il nous a expliqué que  dans les territoires où  il était implanté, il nouait des relations avec les producteurs. Il s’impliquait dans les territoires. Cela me paraît  important. Et d’ajouter : «Nous ne sommes pas une multinationale, mais nous sommes une multi locale».
C’est une très belle expression, ils ont une très grande expérience. Elle est née dans une petite province très éloignée du Canada et elle a  gardé son siège dans une petite ville sans chercher à s’installer dans une métropole ou dans un paradis fiscal.

 

Source of original article: Libération (www.libe.ma).
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