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L’ Espagne surveille de près le Maroc et scrute ses moindres gestes et faits. Le renforcement des capacités militaires du pays a tout l’air d’inquiéter Madrid. Selon un nouveau rapport présenté par le think tank Instituto de Seguridad y Cultura, les récents investissements sécuritaires et militaires marocains représentent «un dilemme de sécurité pour l’Espagne». Madrid soutient que Rabat cherche à se positionner comme «première puissance de la région» et à «remettre en cause l’hégémonie de l’Algérie». Des intentions de puissance qui pourront changer très prochainement pour viser l’Espagne, croit devoir ajouter le rapport. A ce propos, ledit document a révélé que « le plan quinquennal (2017-2022) lancé par le Maroc pour renforcer ses capacités militaires dispose d’un fonds dépassant les 20 milliards de dollars et que les dépenses de défense marocaines se sont élevées à 4,8 milliards de dollars en 2020, soit 29% de plus qu’en 2019 et 54% de plus qu’en 2011. Le chiffre devrait atteindre 5,6 milliards de dollars en 2022». « Des dépenses qui représentent 4% du PIB du Maroc et plus de 10% de ses dépenses publiques, toujours selon les données dudit rapport qui indique également que les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite seraient les principaux acteurs dans les accords de coopération militaire et dans la vente d’armes au Maroc ». Les chercheurs de Instituto de Seguridad y Cultura avancent qu’«il ne faut pas sous-estimer cette puissance militaire notamment au niveau de Sebta et Mellilia lors d’une escalade de tension dans la région, comme cela s’est déjà manifesté dans le passé (crise de l’île de Perejil en 2002 et les événements de mai dernier à Sebta) ». Pour Abdellah Rami, chercheur au Centre marocain des sciences sociales, les inquiétudes espagnoles sont fortement liées aux dossiers de Sebta et Mellilia ainsi qu’à celui des îles Canaries alors que le Maroc considère ce dossier comme un sujet de conflit puisqu’il y a occupation d’une partie du territoire national. « Le Maroc a une présence importante dans les considérations sécuritaires espagnoles et vice-versa. N’oublions pas, d’un point de vue géostratégique, que les deux pays sont très proches et ont un poids important dans la géographie de la Méditerranée. Les relations entre les deux pays sont cordiales et l’Espagne, comme c’est d’ailleurs le cas pour la France, défend les intérêts marocains au sein de l’UE. Et c’est pourquoi on évite souvent d’évoquer les sujets qui fâchent afin de préserver les bonnes relations de voisinage. Mais ce sujet refait surface de temps en temps notamment au moment des crises ou des conflits entre les deux pays», a-t-il avancé. Dans ce sens, notre interlocuteur nous a expliqué que les dernières mesures du Maroc à Sebta (fermeture des «frontières» séparant les présides occupés de Sebta et Mellilia du reste du Royaume) et la délimitation des eaux territoriales marocaines ont été considérées par l’Espagne comme une remise en cause des accords implicites entre les deux Royaumes et comme un certain dépassement des équilibres des forces dans la région. Pourtant, précise-t-il, les rapports de forces dans la région ont été modifiés en faveur du Maroc. Particulièrement, après la reconnaissance américaine totale de la marocanité du Sahara et le lancement des nouvelles coalitions avec les Etats-Unis, Israël et les Emirats Arabes Unis. «Le Maroc était préparé pour cette mutation de la carte géostratégique dans la région. Et ce qui se passe aujourd’hui ne date pas d’hier. La reconnaissance américaine a soulagé le Maroc d’une grande contrainte, à savoir le dossier du Sahara et lui a permis de libérer ses énergies et d’investir dans d’autres dossiers», a-t-il noté. Et d’ajouter : «L’observation continue de ce dossier démontre que notre pays se meut selon un scénario bien précis et la coalition sécuritaire et militaire avec Israël a donné un nouvel élan à la position marocaine. En effet, Israël est aujourd’hui le leader de la haute technologie militaire et cybernétique et c’est ce qui inquiète le plus nos voisins puisque cela change considérablement les rapports de forces dans la région. En effet, nous sommes dans une nouvelle phase qui se démarque par la mutation de la nature des guerres et des armes utilisées grâce à la technologie et les rapports de force dans ce domaine sont plutôt au profit du Maroc ». Ce changement de positionnement du Maroc augure-t-il d’une mutation des équilibres des forces dans la région conduite par les Etats-Unis? « Il est encore tôt pour répondre à cette question », fait remarquer Abdellah Rami. Et de poursuivre : « Mais, il y a plusieurs indices qui indiquent que nous nous acheminons vers une nouvelle configuration des forces en jeu dans la région ». Selon lui, Washington s’est retirée du Moyen-Orient puisqu’elle a d’autres soucis plus importants, en l’occurrence la Chine et la Russie. Et elle est en train de réaménager son ordre de priorités, notamment en Afrique mais rien ne semble pour l’instant clair et précis. « Les Etats-Unis parient sur le Maroc mais la nature de cette alliance bilatérale gagnerait à être précisée encore plus. A souligner que cette coalition englobe également le Royaume-Uni tout en exceptant l’UE. Les Etats-Unis comptent-ils se passer de l’Otan à ce niveau? C’est là une question à laquelle seul le cours des événements pourra apporter une réponse. Et de conclure : «Ce qui est sûr, c’est que des choses sont en gestation et que les Etats-Unis parient sur le Maroc plus que sur l’Algérie ou l’Espagne comme en témoigne la participation du Royaume aux derniers exercices militaires américains. Washington compte sur le Maroc dans sa confrontation avec la Chine et la Russie au niveau du continent africain et elle est en train de préparer le Royaume pour assumer un nouveau rôle dans la région. Mais Rabat ne semble pas mettre tous ses œufs dans le même panier et ne compte pas sur une seule alliance puisqu’elle veille à renforcer également ses relations avec Pékin et Moscou pour préserver les équilibres. Et cela inquiète beaucoup l’Espagne et davantage l’Algérie qui se trouve aujourd’hui hors circuit et qui n’en finit pas de se chercher ». 

Source of original article: Libération (www.libe.ma).
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