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“Nous ne sommes ni à l’Est, ni à l’Ouest”: le président turc Recep Tayyip Erdogan se livre depuis le début du conflit en Ukraine à un délicat numéro d’équilibriste entre Kiev et Moscou, avec à son actif plusieurs succès diplomatiques majeurs.

L’Ukraine a ainsi annoncé jeudi l’échange avec la Russie de 215 militaires, un record, dont des chefs de la défense de l’aciérie Azovstal de Marioupol, symbole de la résistance à l’invasion russe.
Cinq commandants ukrainiens ont été transférés en Turquie, a précisé le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

L’importance de la Turquie dans la conclusion de cet accord demeure floue mais, signe du rôle-clé joué en coulisses par Ankara, le président turc avait été le premier à annoncer, dans une interview lundi à la chaîne de télévision américaine PBS, l’imminence de cet échange de prisonniers.

“Nos héros ont été libérés (…) Tout cela a été rendu possible grâce aux accords entre le président [Zelensky] et le président [Erdogan]”, a aussitôt réagi jeudi l’ambassadeur d’Ukraine à Ankara, Vasyl Bodnar.
Depuis le début de la guerre le 24 février, la Turquie avait déjà réussi à réunir à deux reprises sur son sol des représentants russes et ukrainiens.

En juillet, Ankara avait également été un acteur-clé dans la conclusion, sous l’égide de l’ONU, d’un accord avec Kiev et Moscou permettant l’exportation des céréales ukrainiennes via la mer Noire et le Bosphore.
Début septembre, Recep Tayyip Erdogan avait par ailleurs proposé à Moscou sa médiation pour aider à résoudre la crise autour de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia.

“La diplomatie turque a fait un sans faute depuis le début de la guerre en Ukraine: estimation de ses intérêts, balancement entre les belligérants, fermeté si nécessaire tout en tirant profit des circonstances”, estimait fin août sur Twitter l’ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis Gérard Araud.

Si Ankara fournit à Kiev des drones militaires, le gouvernement turc a refusé de se joindre aux sanctions occidentales décrétées contre la Russie.
Pays riverain de la mer Noire et membre de l’Otan, la Turquie a continué ces dernières semaines à faire œuvre d’équilibrisme.

Le président Erdogan, qui a rencontré à trois reprises ces trois derniers mois son homologue russe Vladimir Poutine – mais s’entretient aussi régulièrement par téléphone avec Volodymyr Zelensky -, avait accusé début septembre les Occidentaux de se rendre coupables de “provocations” envers Moscou.

La veille, il avait imputé la crise énergétique en Europe aux sanctions contre la Russie, reprenant la ligne du Kremlin.
 Mais la diplomatie turque a aussi condamné mercredi les référendums d’annexion “illégitimes” que la Russie prévoit d’organiser dans quatre régions sous son contrôle en Ukraine.
 
 “La Turquie est une puissance régionale (…) dont la géographie l’expose autant qu’elle lui donne des moyens de pression sur les acteurs. Les deux belligérants ont besoin d’elle (Dardanelles) et donc la ménagent”, souligne Gérard Araud, ex-représentant permanent de la France auprès des Nations unies à New York.

Les tentatives de médiation ne sont pas inédites pour la Turquie: dans les années 2000, Ankara avait déployé sa “diplomatie de paix” au Moyen-Orient, tentant notamment de parrainer des négociations entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne.
A partir de 2009, Ankara a également joué les médiateurs dans le dossier nucléaire iranien.

“Malgré son soutien militaire à l’Ukraine, le président Erdogan a des raisons politiques et économiques majeures de préserver de bonnes relations avec Moscou”, analysait dans une note de recherche début septembre Soner Cagaptay, du Washington Institute for Near East Policy, qui qualifie la position d’Ankara de “neutralité pro-Ukraine”.

Frappée par une inflation qui dépasse les 80% par an, la Turquie doit composer avec une monnaie qui a perdu plus de la moitié de sa valeur en un an.
Et, à neuf mois des élections présidentielle et législatives de juin 2023, le président turc a toutes les raisons de vouloir ménager Moscou, du fait de la forte dépendance de la Turquie aux pétrole et gaz russes.

D’ici là, le chef de l’Etat cherchera également à ne pas irriter ses alliés occidentaux. D’autant que Washington a mis en garde fin août les entreprises turques commerçant avec la Russie, évoquant de possibles mesures de rétorsions.

Dans son interview lundi à PBS, M. Erdogan a résumé sa position d’équilibriste: “Je le dis très clairement: nous faisons partie de ce monde, mais nous ne sommes ni à l’Est, à l’Ouest”.

Source of original article: Libération (www.libe.ma).
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